Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé ?

Publié le 27 mars 2026

L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publie le 25 mars 2026 une étude alarmante sur l’imprégnation de la population française par le cadmium, absorbé essentiellement par la voie alimentaire. Il est urgent d’agir.

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. Les activités agricoles et industrielles contribuent à augmenter sa présence dans l’environnement. Nous y sommes exposés principalement par l’alimentation. Comment le cadmium se retrouve-t-il dans l’alimentation ? Quels sont les aliments les plus contributeurs à notre exposition ? Quels sont les effets possibles sur la santé ? Comment réduire l’exposition ?

Le cadmium est un élément trace métallique présent dans l’environnement. Il est naturellement présent dans les roches à partir desquelles se forment les sols. Les activités humaines contribuent à augmenter sa présence dans les sols et constituent également une source d’émission dans l’eau et l’air. 

En agriculture, l’épandage de matières fertilisantes telles que les engrais minéraux phosphatés et les effluents d’élevage, constitue une source d’apport en cadmium dans les sols agricoles. 

En industrie, le cadmium est utilisé et émis dans plusieurs secteurs, notamment les industries métallurgique, chimique et électrique, ainsi que lors de l’incinération des déchets ou bien encore du recyclage des batteries. 

« Comment sommes-nous exposés au cadmium ?

L’ensemble des sources de cadmium (industrie, matières fertilisantes) peuvent être à l’origine de la contamination de notre environnement (air, sols, eau, denrées agricoles, aliments). Les produis de consommation peuvent présenter de façon résiduelle du cadmium comme les produits cosmétiques. 

L’alimentation représente la principale voie d’exposition humaine au cadmium. 

Chez les fumeurs, le tabac constitue une source supplémentaire d’exposition au cadmium. 

Quels sont les aliments les plus contributeurs à notre exposition ? 

Les aliments qui contribuent le plus à notre exposition au cadmium dépendent à la fois de leur teneur en cadmium et de leur fréquence de consommation. 

Les principaux aliments contributeurs pour les français sont des aliments du quotidien à base de blés et de céréales : céréales du petit-déjeuner, pain et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, ainsi que le riz et blé raffinés, les pommes de terre et certains légumes.

D’autres aliments présentent des teneurs plus élevées en cadmium, comme les mollusques, les crustacés, les algues, et les abats. Moins consommés de manière générale, ils peuvent toutefois contribuer de manière significative à l’exposition des personnes qui en consomment fréquemment.

Pourquoi les aliments très contaminés ne sont pas forcément les plus contributeurs ?

Des aliments très contaminés mais consommés occasionnellement contribuent moins à l’exposition globale que des aliments moins contaminés mais consommés quotidiennement. Par exemple, le chocolat contribue pour moins de 3% de l’exposition quelle que soit la classe d’âge considérée de la population française. Il ne fait donc pas partie des aliments les plus contributeurs. 

Comment le cadmium se retrouve-t-il dans les aliments ?

Présent dans les sols, le cadmium pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines et contamine ainsi la chaîne alimentaire. En France, les matières fertilisantes représentent en moyenne plus de 80 % des apports en cadmium aux sols agricoles. Les engrais minéraux phosphatés sont la première source (55%), suivis des effluents d’élevage (25%), puis des boues et composts (5%).   

Les engrais minéraux phosphatés sont fabriqués à partir du phosphate naturel de calcium extrait de la roche. Le cadmium ne peut pas être entièrement éliminé lors des procédés de fabrication. En France, la roche phosphatée ainsi que les produits intermédiaires ou finis qui en sont issus sont majoritairement importés de pays d’Afrique du Nord (notamment Maroc, Egypte, Algérie), où les gisements de roches phosphatées sont constitués de roches sédimentaires. Ce type de roches présente des teneurs en cadmium variables et pouvant être élevées. À l’inverse, les roches d’origine ignée, comme celles provenant d’Afrique du Sud ou de Russie, présentent généralement des concentrations en cadmium peu élevées. 

Par ailleurs, en France, les dépôts atmosphériques représentent 14% des apports en cadmium dans les sols agricoles. Les émissions de cadmium par les sources industrielles ont fortement diminué en dix ans, de 48% dans l’air et de 69% dans l’eau, grâce au renforcement de la règlementation.

Les aliments issus de l’agriculture biologique sont-ils moins contaminés par le cadmium ?  

 Les aliments issus de l’agriculture biologique peuvent également contenir du cadmium. En effet, certaines matières fertilisantes autorisées en agriculture biologique, comme des engrais minéraux phosphatés (la roche broyée étant considérée comme un produit naturel) et matières fertilisantes organiques d’origine résiduaire, peuvent aussi contribuer aux apports de cadmium dans les sols. Ainsi, le mode de production biologique ne permet pas, à lui seul, d’éviter l’exposition au cadmium.

Sommes-nous trop exposés au cadmium ?

Depuis une quinzaine d’années, les travaux de l’Anses mettent en évidence une surexposition d’une partie de la population française au cadmium par l’alimentation.

Les résultats de la troisième étude de l’alimentation totale (EAT3) montrent une augmentation de la part de la population dont les expositions alimentaires dépassent la dose journalière tolérable par ingestion pour le cadmium : entre 23 % et 27 % pour les enfants et 1,4 et 1,7 % chez les adultes.

Par ailleurs, la dernière étude nationale de biosurveillance ESTEBAN, menée entre 2014 et 2016 par Santé publique France, révélait que 47,6% de la population de 18 à 60 ans dépassait le seuil de concentration critique de cadmium dans les urines (0,5 μg de cadmium par gramme de Cd de créatinine). Ces résultats montrent une imprégnation plus élevée de la population française, qu’il y a 10 ans lors de l’étude précédente étude de biosurveillance de 2006-2007. 

Enfin, l’expertise publiée par l’Anses en 2026, intégrant une modélisation de la cadmiurie (taux de cadmium dans les urines) pour la population en 2025, confirme que des dépassements persistent pour une partie de la population.

Quels sont les risques pour la santé ? 

Le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein). 

En cas d’exposition prolongée, même à faible dose par voie orale, principalement par l’alimentation, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. 

D’autres effets indésirables sont également identifiés notamment sur le neurodéveloppement et le système cardio vasculaire.

L’expertise de l’Anses de 2026 montre qu’une part significative de la population dépasse au cours de sa vie les valeurs sanitaires de référence (Valeurs repères biologiques). L’Anses souligne que des effets néfastes à long terme sont probables pour une part croissante de la population si aucune mesure n’est mise en place pour réduire les expositions au cadmium. 

Comment réduire les expositions ?

L’exposition au cadmium est diffuse et concerne une grande variété d’aliments de notre quotidien. La réduction de l’exposition au cadmium repose donc avant tout par des actions collectives pour diminuer durablement les teneurs en cadmium dans les principaux aliments contributeurs.

Pour cela, il faut agir sur les sources de contamination, en limitant la contamination des sols agricoles. Cela implique notamment d’appliquer des valeurs limites pour le cadmium dans les matières fertilisantes utilisées en agriculture. Dans son expertise de 2016, l’Anses identifie plusieurs leviers pour réduire durablement la contamination des sols et des aliments. … »

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